Crédit de l'artiste, 2026.

L’apparentement de Nel P. Racin

Nélanne RACINE (Saguenay)

Exposition

Du 24 avril 2026 au 28 juin 2026

Salle projet, Salle vidéo

Vernisage le 24 avril 2026, 17:00

Le projet L’apparentement de Nel P. Racin propose une réflexion sur les relations entre le soi, l’espace et le langage, envisagés non plus comme des entités distinctes, mais comme des réalités intriquées. À travers une œuvre vidéographique et des déclinaisons imprimées, l’artiste explore des micro-mouvements de régulation où les éléments — corps, décors, signes — interagissent selon des logiques fluides et mouvantes.

En s’appropriant des fragments cinématographiques et littéraires, notamment inspirés de Marguerite Duras, elle altère les figures et brouille les identités, ouvrant à une pensée non dualiste. Les formes circulaires, ondulatoires et particulaires qui traversent l’ensemble du corpus traduisent cette instabilité fondamentale : les phénomènes ne sont ni internes ni externes, mais circulent entre les deux.

Les formes circulaires, ondulatoires et particulaires qui traversent l’ensemble du corpus traduisent un état indéterminé : les phénomènes ne sont ni internes ni externes, mais circulent entre les deux.

Ainsi, le projet agit comme un dispositif critique, remettant en question les constructions dualistes héritées et proposant une vision itérative, relationnelle et mouvante de l’identité et du monde.


Texte de l’artiste

L’apparentement est une expérience vidéographique constituée de quelques dizaines de microséquences dont la fonction est de décortiquer l’instant de la régulation. Ce projet m’amène à explorer des variations à une échelle artistico-quantique, où le soi et l’espace ne sont plus pensés comme des entités séparées, mais comme des états intriqués.

Dans la vidéo, les éléments de la scène, les pièces du décor elles-mêmes, réagissent, se déplacent et se régulent à la manière des personnages, souvent sous la forme d’un vortex. Cette forme se retrouve aussi dans les œuvres sur papier. La quantique ne sert donc pas ici à illustrer un savoir scientifique, mais à nommer une manière de voir autrement ce qui nous a été imposé comme distinct depuis toujours : le dedans et le dehors, le soi et l’environnement. Il ouvre sur une pensée non dualiste, où nous ne sommes jamais tout à fait seulement individue, mais toujours apparentées à un milieu, à une culture, à des formes et à des récits.

On s’est approprié des films dans lesquels j’ai imbriqué des fragments de mon visage à ceux de personnages-figures. Ancrés dans une dialectique durassienne, les plans détournés proviennent de récits qui traitent, de près ou de loin, du ravissement, des rapports de domination et des formes de dépossession qui en découlent. 

Pour ce qui est des empreintes de la deuxième salle, elles sont comme une multiplicité de turbulences extérieures née des textes de Marguerite Duras, on s’est amusées à jouer avec les mots, et plus précisément avec leur potentiel de forme répétitive. Le titre Nel P. Racin reprend ainsi la structure onomastique de Lol V. Stein.

2 impressions numériques

On A. firma est un clin d’œil wittigien. L’œuvre comprend deux impressions numériques de mes yeux. Le double s’y repère dans les microdifférences entre deux qui peuvent sembler semblables à première vue.

Le titre se réfère au nom botanique Alnus firma, une espèce d’aulne vivant en zone montagneuse au Japon. On porte le nom Aulne sur mon certificat de naissance. L’usage d’un terme botanique, disponible pour y investir le sens que l’on souhaite, rappelle le geste de Wittig avec L’Opoponax : un mot prélevé dans un lexique botanique technique devient un signe vide, donc disponible. Toujours grâce à Wittig, le pronom « on » est ici envisagé dans sa portée révolutionnaire. Méprisé d’emblée dans le monde scolaire, il a pourtant cet intérêt de ne marquer ni le genre ni le nombre. Il permet de déplacer le sujet, d’ouvrir un dépassement du soi, et de faire entrer l’artiste dans une lignée de personnages-figures cinématographiques. Le « on » agit comme un cheval de Troie contre la domination. Il est un embrayeur d’une extrême flexibilité, capable de représenter n’importe qui.

La ressemblance avec une conjugaison du verbe affirmer met également l’accent sur la nécessité de se voir courageuse en employant sa langue en dehors des normes dans lesquelles on a été élevées.

20 impressions en sérigraphie

Le nom Nel P. Racin y est inscrit en cercles concentriques. Il demeure illisible, puisque les lettres sont fragmentées par leurs traits ondulatoires.

20 impressions en taille-douce (eaux-fortes et pointe sèche)

La représentation d’une pépite d’or photographiée au microscope (pétrographie) semble s’y mouvoir dans un espace circulaire. On y aperçoit les particules qui brillaient par leur absence dans les sérigraphies. On dirait qu’elles dansent dans un cycle infini, peut-être en quête d’un chemin ondulatoire ?

L’apparentement montre d’infiniment petits mouvements de régulation. Tandis que les sérigraphies proposent une signature ondulatoire, ou une tentative de faire apparaître des formes houleuses, les tailles-douces donnent à voir des particules tourbillonnantes. Ensemble, elles rejouent une même intuition : les turbulences ne sont ni tout à fait internes ni tout à fait externes.

Nos formations dualistes sociales sont questionnées par chaque pore de chaque support de la pensée artistique de Nel P. Racin.

L’ARTISTE

Titulaire d’une maîtrise en arts de l’UQAC, Nélanne Racine a présenté son travail au Québec et à l’international, notamment à Stockholm. Son œuvre Arborescence s’inscrit dans l’art public, tandis que le projet ÉONS a été acquis par le Grand Théâtre de Québec en 2025. Chargée de cours à l’UQAC, elle contribue activement à la transmission des pratiques contemporaines, tout en poursuivant une recherche constante sur le vaste thème de l’Art et la Vie.

Crédit photo : Caroline Hayeur.

DÉMARCHE ARTISTIQUE

La démarche de Nélanne Racine explore les notions de transformation, d’empreinte et d’émergence du sens dans un processus où l’artiste agit comme médium plutôt que comme instance d’autorité. Par des gestes tels que presser, mouler ou imprimer, elle met en jeu une tension féconde entre contrôle et abandon, laissant advenir des formes issues autant de phénomènes internes qu’externes. Son travail, à la croisée de l’image, de la matière et du dispositif, interroge la plasticité de notre être comme matière malléable et impermanente.


ENG version

L’apparentement de Nel P. Racin

L’apparentement by Nel P. Racin proposes a reflection on the relationships between the self, space, and language, no longer considered as distinct entities, but as entangled realities. Through a video work and printed iterations, the artist explores micro-movements of regulation in which elements—bodies, settings, signs—interact according to fluid and shifting logics.

By appropriating cinematic and literary fragments, notably inspired by Marguerite Duras, she alters figures and blurs identities, opening onto a non-dualistic mode of thought. The circular, wave-like, and particulate forms that run throughout the body of work express this fundamental instability: phenomena are neither internal nor external, but circulate between the two.

These circular, undulating, and particulate forms that traverse the corpus convey an indeterminate state: phenomena are neither internal nor external, but circulate between the two.

Thus, the project acts as a critical dispositif, challenging inherited dualistic constructions and proposing an iterative, relational, and shifting vision of identity and the world.

Artist’s statement

L’apparentement is a videographic experiment composed of several dozen micro-sequences whose function is to dissect the instant of regulation. This project leads me to explore variations at an art-quantum scale, where the self and space are no longer conceived as separate entities, but as entangled states.

In the video, elements of the scene—the set pieces themselves—react, move, and regulate in the manner of characters, often taking the form of a vortex. This form also appears in the works on paper. Quantum theory is therefore not used here to illustrate scientific knowledge, but to name a way of seeing differently what has always been imposed on us as distinct: inside and outside, the self and the environment. It opens onto a non-dualistic perspective, in which we are never entirely individuals, but always connected to a milieu, a culture, forms, and narratives.

We appropriated films into which I embedded fragments of my face within those of figure-characters. Rooted in a Duras-inspired dialectic, the diverted shots come from narratives that deal, directly or indirectly, with ravishment, relations of domination, and the forms of dispossession that result from them.

As for the imprints in the second room, they resemble a multiplicity of external turbulences born from the texts of Marguerite Duras. We played with words, and more specifically with their potential for repetitive form. The name Nel P. Racin thus echoes the onomastic structure of Lol V. Stein.

2 digital prints

On A. firma is a Wittigian nod. The work consists of two digital prints of my eyes. The doubling becomes perceptible through micro-differences between two elements that may at first appear identical.

The title refers to the botanical name Alnus firma, a species of alder that grows in mountainous regions of Japan. The name “Aulne” appears on my birth certificate. The use of a botanical term, available to be invested with whatever meaning one chooses, recalls Monique Wittig’s gesture in L’Opoponax: a word taken from a technical botanical lexicon becomes an empty sign, and therefore available. Thanks again to Wittig, the pronoun “one” is considered here in its revolutionary scope. Dismissed outright in academic contexts, it nonetheless carries the advantage of marking neither gender nor number. It allows for a displacement of the subject, opening beyond the self, and bringing the artist into a lineage of cinematic figure-characters. “One” acts as a Trojan horse against domination. It is a shifter of extreme flexibility, capable of representing anyone.

Its resemblance to a conjugation of the verb “to affirm” also emphasizes the need to see oneself as courageous when using language outside the norms in which one was raised.

20 screen prints

The name Nel P. Racin appears in concentric circles. It remains illegible, as the letters are fragmented by their undulating strokes.

20 intaglio prints
(etchings and drypoints)

The representation of a gold nugget photographed under a microscope (petrography) appears to move within a circular space. One can perceive the particles whose absence was striking in the screen prints. They seem to dance within an infinite cycle, perhaps in search of an undulating path.

L’apparentement reveals infinitely small movements of regulation. While the screen prints propose an undulating signature, or an attempt to make wave-like forms emerge, the intaglio prints reveal swirling particles. Together, they replay the same intuition: turbulences are neither entirely internal nor entirely external.

Our socially ingrained dualistic frameworks are questioned through every pore of every medium in the artistic thinking of Nel P. Racin.

THE ARTIST

Holding a Master’s degree in Fine Arts from Université du Québec à Chicoutimi, Nélanne Racine has presented her work in Quebec and internationally, notably in Stockholm. Her work Arborescence is part of a public art context, while the project ÉONS was acquired by the Grand Théâtre de Québec in 2025.

A lecturer at Université du Québec à Chicoutimi, she actively contributes to the transmission of contemporary practices while pursuing an ongoing exploration of the broad theme of Art and Life.

ARTISTIC APPROACH

Nélanne Racine’s practice explores notions of transformation, imprint, and the emergence of meaning in a process in which the artist acts as a medium rather than as an authority. Through gestures such as pressing, molding, or printing, she enacts a productive tension between control and surrender, allowing forms to arise from both internal and external phenomena. Her work, at the intersection of image, material, and dispositif, interrogates the plasticity of our being as malleable and impermanent matter.

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